Deux offres du simple au double pour le même appartement : ce que le montant ne dit pas
En bref
En Suisse, un architecte d'intérieur facture généralement entre CHF 120.- et 300.- de l'heure, un forfait de CHF 2'000.- à 5'000.- pour un conseil ponctuel, ou 8 à 12% du coût des travaux pour un mandat de conception complète avec suivi de chantier — soit 8'000 à 12'000 francs d'honoraires sur une rénovation de 100'000 francs. Un mandat d'architecte couvrant toutes les phases SIA d'une rénovation lourde se situe plus haut, entre 15 et 22% du coût des travaux. L'écart entre ces fourchettes ne reflète pas une différence de sérieux, mais l'étendue des phases incluses dans le mandat.

Deux bureaux visitent le même appartement de 100 m², écoutent le même projet, posent à peu près les mêmes questions — et remettent deux propositions : l'une à 9'500 francs, l'autre à 19'000. Le réflexe naturel est de conclure que le second exagère, ou que le premier a oublié quelque chose. Dans la grande majorité des cas, ni l'un ni l'autre : les deux montants ne rémunèrent simplement pas le même travail. Et c'est précisément ce que le total, lu seul, ne dira jamais.
Trois modèles d'honoraires, trois logiques différentes
Le forfait fixe un montant global convenu avant le début du mandat. Il fonctionne bien quand la mission est précisément délimitée : un conseil d'aménagement, un plan d'implantation, un concept couleurs et matériaux pour une ou deux pièces. Pour ce type d'intervention ponctuelle, un forfait entre CHF 2'000.- et 5'000.- est courant sur le marché suisse. Sa limite est mécanique : dès que le périmètre bouge — une pièce de plus, une variante supplémentaire à étudier — le forfait ne couvre plus, et chaque ajout se négocie en avenant.
Le taux horaire facture le temps effectivement passé, généralement entre CHF 120.- et 300.- de l'heure selon la région, l'expérience et la structure du bureau — un indépendant en début d'activité et un bureau établi avec collaborateurs ne portent pas les mêmes charges. C'est le modèle le plus honnête pour les missions courtes ou dont personne ne peut estimer l'ampleur au départ : accompagnement en cours de chantier, reprise d'un projet commencé par quelqu'un d'autre, étude de faisabilité dans un bâtiment plein d'inconnues. Sa contrepartie est connue : sans plafond convenu par écrit, le total reste ouvert.
Le pourcentage du coût des travaux, hérité de la méthode SIA, lie les honoraires à l'ampleur réelle du projet. Pour un mandat de conception complète d'architecte d'intérieur — de l'esquisse au suivi de chantier — la pratique se situe généralement entre 8 et 12% du budget des travaux. C'est le modèle standard du mandat complet : il rémunère un travail qui grandit effectivement avec le projet. Il suppose en revanche un budget travaux défini dès le départ, et il soulève une question à poser franchement avant de signer : que deviennent les honoraires si le coût des travaux augmente en cours de route ?
- Montant global fixé avant le début du mandat
- Adapté aux missions ponctuelles et précisément cadrées
- CHF 2'000.- à 5'000.- pour un conseil ou un plan d'implantation
- Limite : tout élargissement du périmètre passe par un avenant
- Facture le temps effectivement passé
- Adapté aux missions courtes ou imprévisibles
- Généralement CHF 120.- à 300.- de l'heure selon région et expérience
- Limite : sans plafond écrit, le total reste ouvert
- Honoraires proportionnels au budget du chantier
- Adapté au mandat complet, de l'esquisse au suivi de chantier
- Généralement 8 à 12% pour un architecte d'intérieur
- Limite : suppose un budget travaux défini, à clarifier en cas de dépassement
Le même projet de 100'000 CHF de travaux, selon l'étendue du mandat
Combien coûte un architecte d'intérieur en Suisse, projet par projet
Ramené à des projets concrets, le mandat de conception complète — le cas le plus fréquent quand on mandate un architecte d'intérieur pour une rénovation — donne les ordres de grandeur suivants. Ces montants couvrent la conception, l'appel d'offres aux entreprises et le suivi du chantier ; ils s'ajoutent au budget des travaux, et s'entendent généralement hors TVA (8.1%).
Honoraires d'un mandat de conception complète (8-12%) selon le budget travaux
Deux corrections à apporter à cette règle de trois. Vers le bas, le pourcentage atteint vite sa limite : concevoir une rénovation de 40'000 francs ne demande pas cinq fois moins de travail qu'une rénovation de 200'000, et beaucoup de bureaux appliquent un montant minimum ou basculent sur un forfait pour les petits projets. Vers le haut, le pourcentage tend au contraire à devenir dégressif sur les gros budgets. Enfin, un point que presque personne ne précise en annonçant "un budget de 150'000 francs" : ce chiffre désigne en général les travaux seuls — les honoraires viennent en plus, pas dedans.
Pourquoi il n'existe plus de tarif officiel
Le cadre de référence des mandats d'architecture en Suisse reste le règlement SIA 102 ("Règlement concernant les prestations et honoraires des architectes"), dans son édition 2020. C'est un règlement privé : il ne s'applique que si le contrat le mentionne explicitement, et les architectes d'intérieur s'en inspirent sans y être tenus. Sa valeur pour le client n'est pas d'imposer un prix, mais de découper la mission en phases précises — ce qui permet de savoir exactement ce qui est commandé, et de mandater une partie du projet seulement.
Car sur le prix lui-même, tout a changé. Pendant des décennies, la SIA publiait une méthode qui calculait les honoraires à partir du coût de l'ouvrage, avec des coefficients actualisés chaque année ; la KBOB, centrale d'achat de la Confédération, publiait de son côté des taux horaires recommandés. Sous la pression de la Commission de la concurrence (COMCO), qui voyait dans ces barèmes une entente horizontale sur les prix, la KBOB a abrogé ses recommandations en 2017, et l'édition 2020 du règlement SIA 102 a supprimé le calcul fondé sur le coût de l'ouvrage. Conséquence directe : il n'existe aujourd'hui aucun tarif officiel, les honoraires sont librement négociés, et les fourchettes citées dans cet article décrivent des pratiques observées sur le marché — pas un barème opposable.
Les phases SIA, traduites en travail concret
Le découpage en phases est la partie du règlement SIA 102 la plus utile au client, parce qu'il transforme un montant abstrait en liste de livrables. Un mandat complet traverse, dans l'ordre, les étapes suivantes — et chacune peut être commandée ou non.
- Avant-projet : analyse de l'existant, faisabilité, premières variantes d'implantation et estimation sommaire des coûts — la phase où les grandes décisions se prennent
- Projet de l'ouvrage : plans définitifs, choix des matériaux et des équipements, devis estimatif détaillé poste par poste
- Procédure d'autorisation, si les travaux l'exigent : constitution et dépôt du dossier auprès de la commune
- Appel d'offres : cahier des charges pour les entreprises, mise en concurrence, analyse des devis et adjudications — la phase qui rend les devis réellement comparables
- Exécution et suivi de chantier : coordination des corps de métier, contrôle de la qualité et des coûts, gestion des imprévus, réception des travaux
La répartition du coût entre ces phases surprend souvent : la conception (avant-projet et projet de l'ouvrage) représente généralement autour d'un tiers des honoraires totaux, l'appel d'offres environ un dixième, et les phases de réalisation — projet d'exécution et suivi de chantier — à peu près la moitié. Autrement dit, un mandat qui s'arrête aux plans coûte grosso modo moitié moins qu'un mandat complet. C'est la première explication, et de loin la plus fréquente, d'un écart apparemment inexplicable entre deux offres.
Une offre d'honoraires ne se compare à une autre que si les deux couvrent les mêmes phases — c'est la première vérification à faire, avant même de regarder le montant. Comparer des architectes dans votre canton
Inclus dans les honoraires, ou facturé en plus
Même à phases identiques, deux offres peuvent cacher des périmètres différents. Les honoraires couvrent le travail intellectuel de l'architecte ; autour gravitent des frais annexes — débours, prestations de tiers — dont le traitement varie d'un bureau à l'autre : certains les intègrent au forfait, d'autres les facturent en sus au réel ou avec un supplément forfaitaire de quelques pourcents. Une offre d'honoraires sérieuse règle ces points par écrit, avant la signature.
Conception seule, ou conception, appel d'offres et suivi de chantier ? C'est le premier poste d'écart entre deux offres — et le plus coûteux à découvrir en cours de mandat.
Deux propositions d'aménagement ou cinq, trois rendez-vous ou un suivi hebdomadaire : sans chiffre écrit, chaque échange supplémentaire peut devenir facturable.
Souvent facturés en plus des honoraires, au réel ou en supplément forfaitaire. Les visuels 3D photoréalistes, en particulier, sont rarement compris dans une offre de base.
Dès qu'un mur porteur ou une structure est touché, un ingénieur civil intervient — ses honoraires ne sont pas compris dans ceux de l'architecte, et l'offre doit dire qui le mandate et qui le paie.
Un échéancier lié aux phases (à la validation de l'avant-projet, du projet, etc.) protège les deux parties — un paiement massif d'avance, sans jalon, est un signal d'alerte.
Changer l'implantation après validation des plans est la source d'avenants la plus fréquente. L'offre doit préciser à partir de quand une modification sort du mandat et comment elle se facture.
Pourquoi deux offres honnêtes varient du simple au double
Les fourchettes qui circulent en ligne semblent se contredire : 8 à 12% ici, 15 à 22% là. Elles ne mesurent pas la même chose. Le haut de la fourchette — 15 à 22% du coût des travaux — correspond au mandat complet d'un bureau d'architecture sur une rénovation, toutes phases SIA comprises : projet d'exécution détaillé, dossier d'autorisation, direction des travaux au sens plein, sur des chantiers où la part de risque technique est élevée et le budget travaux souvent modeste en regard du travail de coordination. Le mandat de conception complète d'un architecte d'intérieur, à 8-12%, couvre un périmètre plus resserré : l'aménagement intérieur, ses matériaux, son appel d'offres et un suivi de chantier centré sur le second œuvre — sans reprise structurelle ni direction générale des travaux. Deux offres pour "le même" projet peuvent donc légitimement aller du simple au double, si l'une s'arrête aux plans et l'autre porte le projet jusqu'à la réception.
Le reste de l'écart tient à des facteurs plus classiques. L'expérience, d'abord : un bureau reconnu, très demandé, facture en haut des fourchettes — et revendique en échange un carnet d'adresses d'artisans éprouvés et des chantiers qui déraillent moins. La structure ensuite : un indépendant sans charges de bureau peut proposer des taux horaires nettement inférieurs à ceux d'une agence avec collaborateurs, pour une prestation qui peut être équivalente sur un projet simple. La région enfin : dans les centres économiques — Genève, Lausanne, Zurich, Bâle, Zoug — les taux pratiqués se situent structurellement en haut des fourchettes, comme pour tous les métiers du bâtiment.
Ce qu'un architecte d'intérieur fait réellement économiser
La question mérite une réponse honnête, sans le slogan "il s'autofinance" qu'aucun professionnel sérieux ne peut garantir. Les économies réelles passent par trois mécanismes identifiables. Le premier est l'appel d'offres cadré : des entreprises qui chiffrent sur un même cahier des charges détaillé remettent des devis comparables, ce qui évite de choisir sans le savoir l'offre la moins complète — l'erreur qui coûte le plus cher en suppléments de chantier. Le deuxième est le séquencement : décider l'éclairage avant la fermeture des murs, commander le sur-mesure avant la fin du chantier, choisir les finitions ensemble plutôt qu'isolément — chacune de ces erreurs d'ordre, prise à temps, économise des reprises qui se chiffrent en milliers de francs. Le troisième est la connaissance des prix : un professionnel qui voit passer des dizaines de devis par année repère un poste surévalué ou une omission suspecte en quelques minutes.
Et il y a les cas où le mandat ne se justifie tout simplement pas. Pour un remplacement à l'identique — une cuisine posée au même endroit, une salle de bain rafraîchie sans toucher à l'implantation — les honoraires sont un surcoût net qu'aucune économie ne viendra compenser. Le mandat prend son sens quand le projet comporte des arbitrages : une implantation à repenser, plusieurs corps de métier à coordonner dans un bâti ancien, un budget serré à répartir entre des postes qui se concurrencent. C'est sur ces projets-là que des honoraires de 8 à 12% se récupèrent en partie — jamais garantis, souvent constatés — sur des devis mieux négociés et des erreurs évitées.
Des honoraires ne s'évaluent pas dans l'absolu, mais par rapport à ce qu'ils remplacent : des dizaines d'heures de coordination, et des décisions prises dans le bon ordre au lieu d'être corrigées après coup.
Comparer deux offres d'honoraires sans se tromper
- Ramener les deux offres aux mêmes phases : si l'une inclut le suivi de chantier et pas l'autre, comparer les montants totaux n'a aucun sens
- Compter les livrables : nombre de variantes d'aménagement, de plans, de visuels, de séances — c'est là que se cachent les vrais écarts de prestation
- Additionner les frais annexes annoncés (déplacements, rendus 3D, impressions) pour comparer des coûts complets, pas des honoraires nus
- Demander ce qui déclenche un avenant chez chacun : un bureau qui répond précisément à cette question a l'habitude des mandats bien cadrés
- Vérifier deux ou trois références de projets comparables, comme pour une entreprise — le montant le plus bas n'est une bonne affaire que si la prestation suit
- Se méfier d'une offre nettement inférieure aux autres : comme pour les devis d'entreprises, elle cache presque toujours un périmètre réduit ou des révisions comptées au plus juste
Recevoir des offres d'honoraires réellement comparables
Décrivez votre projet — surface, ampleur des travaux, budget envisagé — pour être mis en relation avec des architectes d'intérieur de votre canton qui détaillent leurs offres phase par phase, sur la base d'un même cahier des charges.
Décrire mon projetQuestions fréquentes
Pour un mandat de conception complète incluant l'appel d'offres et le suivi de chantier, comptez généralement entre 8 et 12% du budget des travaux, soit CHF 8'000.- à 12'000.- d'honoraires pour 100'000 francs de travaux — en plus du budget travaux, et généralement hors TVA. Un conseil ponctuel se facture plutôt au forfait, entre CHF 2'000.- et 5'000.-, et une mission courte au taux horaire, entre CHF 120.- et 300.- de l'heure.
Il n'existe aucune règle : certains bureaux offrent un premier entretien de prise de contact, d'autres facturent la première visite-conseil au taux horaire ou au forfait, précisément parce qu'elle contient déjà du conseil utilisable. Le point se clarifie en une question avant de fixer le rendez-vous. Un premier échange téléphonique pour cadrer le projet et vérifier que le bureau est disponible reste, lui, généralement gratuit.
Le forfait convient aux missions ponctuelles et précisément délimitées — un conseil, un plan d'implantation. Le taux horaire convient aux missions courtes ou imprévisibles, idéalement avec un plafond convenu par écrit. Le pourcentage du coût des travaux (généralement 8 à 12% pour un architecte d'intérieur) est le modèle standard du mandat complet, de l'esquisse au suivi de chantier. Le bon modèle découle donc de l'étendue de la mission — pas l'inverse.
Parfois, mais personne ne peut le garantir d'avance. Les économies réelles passent par des devis d'entreprises rendus comparables grâce à un cahier des charges précis, par des décisions prises dans le bon ordre — éclairage avant la fermeture des murs, sur-mesure commandé à temps — et par la connaissance des prix du marché. Sur un projet avec de vrais arbitrages, ces gains compensent souvent une partie des honoraires ; sur un remplacement à l'identique, le mandat est un surcoût net et ne se justifie généralement pas.
Oui, et depuis 2020 ils le sont même entièrement : sous la pression de la Commission de la concurrence, la KBOB a abrogé ses taux horaires recommandés en 2017 et l'édition 2020 du règlement SIA 102 a supprimé le calcul des honoraires fondé sur le coût de l'ouvrage. Il n'existe donc plus aucun barème officiel. En pratique, mieux vaut négocier le périmètre que le prix : un rabais obtenu sans ajuster les prestations se paie souvent en révisions comptées au plus juste ou en suivi allégé.
Généralement non. Quand un projet est annoncé à 150'000 francs, ce montant désigne le plus souvent les travaux seuls ; les honoraires de l'architecte d'intérieur (8 à 12% en mandat complet), les éventuelles prestations d'ingénieur civil et la TVA viennent en plus. Pour éviter toute ambiguïté, faire préciser dès le premier échange si les montants discutés s'entendent travaux seuls ou tout compris.